À Dunkerque, le fatalisme et la colère face aux choix d’ArcelorMittal

Publié dans Mediapart
Le géant de l’acier a annoncé jusqu’à 200 suppressions d’emplois sur ses deux sites dunkerquois, suscitant l’inquiétude des salariés face à une logique de rentabilité à tout prix. Sur le littoral dépendant de l’industrie, on le répète : si le géant chute, c’est toute la région qui souffre.

Il est midi au comptoir du resto-tabac Le Brazza, à Grande-Synthe. Le patron sort de sa cuisine, prêt à servir la salle qui s’anime d’un seul coup, ce jour de début septembre. Les hommes qui débarquent pour avaler un plat et une bière dans cette institution ouvrière se saluent chaleureusement. Ils sont nombreux à arriver de l’usine sidérurgique ArcelorMittal Dunkerque de Grande-Synthe, située au bout de cette rue calme.

Le mastodonte, qui domine une plaine d’usines, s’étire sur 450 hectares face à la mer du Nord, surplombant le port de Dunkerque, troisième de France en termes de tonnage, où accostent vraquiers et porte-conteneurs. Après des mois de maintenance, le haut fourneau a été rallumé.

« Cela donne un peu de répit, cela veut dire que l’activité d’ArcelorMittal en a encore au moins pour quelques années », se rassure un grutier. Un espoir pour certains. D’autres craignent une reprise seulement temporaire, avant un désengagement massif du numéro deux mondial de l’acier. Car l’horizon est flou pour les 3 970 salarié·es en CDI, les 186 CDD et intérim et les 294 alternant·es que comptent les sites de Grande-Synthe et de Mardyck, à deux pas. Ces dernières années, la baisse de la demande européenne et la concurrence de la Chine avaient déjà entraîné la baisse de la production annuelle d’acier de 7 à 5,5 millions de tonnes.

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